Produire, consommer, émettre : la trajectoire climat-énergie francilienne éclairée par le ROSE

Données 2023

 2 juillet 2026 |  Dylan Pottier, Florian Michel, Pierre Pousset (Airparif)

Invisible au quotidien mais indispensable au fonctionnement du territoire, l’énergie structure profondément la trajectoire climatique de l’Île-de-France. Comprendre comment elle est produite, consommée et dans quelle mesure elle génère des émissions de gaz à effet de serre (GES) constitue un enjeu central pour piloter la transition régionale.
Le ROSE permet précisément cette lecture intégrée en mettant en cohérence les données de productions, de consommations énergétiques et d’émissions. Les dernières analyses montrent une région engagée dans une transformation réelle : la production locale se décarbone progressivement, les consommations diminuent malgré la croissance démographique et économique, et les émissions poursuivent leur baisse. Cette dynamique positive reste toutefois contrastée selon les secteurs et révèle plusieurs défis structurants pour atteindre la neutralité carbone.

 Une production énergétique locale en pleine mutation

Les réseaux de chaleur, un levier important de la transition

La région Île-de-France produit seulement une faible part de l’énergie qu’elle consomme. Elle dispose néanmoins de la longueur totale de réseaux de chaleur la plus importante en France. Sur ces réseaux, s’appuie la production énergétique régionale.
La chaleur représente 81 % de cette production selon le dernier inventaire de l’AREC. Elle est majoritairement acheminée via des réseaux d'eau chauffée, parfois jusqu’à la vapeur. La forte densité de surfaces tertiaires et de population de la région génère un besoin considérable de chauffage, rendant opportun le développement d'une production centralisée. 
Dans le contexte de la transition, les réseaux de chaleur constituent un levier important de décarbonation. En mobilisant des énergies renouvelables et de récupération (EnR&R) variées, et en remplaçant les solutions individuelles (notamment les chaudières au fioul et au gaz), ils permettent de réduire significativement les émissions liées au chauffage des bâtiments. La part de production des réseaux de fraîcheur, qui ne représente actuellement que 3% de la production régionale, est appelée à augmenter dans les prochaines années.

Une production d'électricté renouvelable faible, mais en pleine augmentation

L’Île-de-France produit peu d’électricité et s’alimente principalement grâce aux grandes centrales nucléaires et hydrauliques situées hors de son territoire. La production locale était historiquement assurée par des centrales thermiques fossiles en périphérie de la capitale. Cette production laisse désormais place à davantage d'électricité renouvelable. 
Grâce au soutien législatif, à la maturation technologique et à la baisse continue des coûts, les énergies solaires et éoliennes (en grande périphérie francilienne) progressent dans le mix électrique francilien. Malgré les nombreuses contraintes régionales liées à la densité du bâti et aux règles patrimoniales, le développent d’une production d’énergie renouvelable reste possible.

Des consommations en baisse mais des évolutions sectorielles contrastées

En 2022, les consommations énergétiques finales de l’Île-de-France affichent une baisse de 22 %depuis 2005, hors variations climatiques. Dans le même temps, la population francilienne a augmenté de près d’un million d’habitants. La région consomme donc moins d’énergie, alors que les Franciliens sont toujours plus nombreux.
Cette baisse varie selon les secteurs. L’industrie a par exemple réduit ses consommations de 39 %, sous l'effet de transformations structurelles et de fermetures d'usines. 

Des bâtiments aux tendances contraires

Malgré une croissance de la population et des surfaces, les consommations énergétiques du secteur résidentiel ont diminué de plus de 28 % depuis 2005. Les consommations du secteur résidentiel sont composées à plus de 70 % du besoin de chaleur : essentiellement pour le chauffage des logements et de l'eau chaude sanitaire. La rénovation énergétique et le remplacement d’anciens bâtiments par de nouvelles constructions, plus économes, constituent un des outils de décarbonation de ce secteur. L’augmentation des coûts de l’énergie a aussi contraint les ménages à davantage de sobriété, ce qui explique une autre part de cette dynamique.
Le tertiaire, deuxième secteur consommateur, est le seul à avoir connu une hausse de ses consommations depuis 2005, même si une légère inflexion s'est amorcée depuis 2010. Son poids dans l'économie francilienne et la densité unique de ses surfaces en font une cible clé des stratégies air-énergie-climat. Compte tenu de cette situation spécifique, le ROSE consacrera plusieurs livrables étudiant les dynamiques de ce secteur au cours de l’année 2026.

Sur la route, des progrès

Entre 2005 et 2022, le transport routier a réduit ses consommations de 33 %, surtout du fait de la réduction du volume de trafic routier. Cette réduction est notamment due au développement des mobilités alternatives, des transports en commun, ainsi que l’essor récent du télétravail. Cette réduction des consommations d’énergie dans les transports routiers, principaux consommateurs de produits pétroliers dans la région, et leur électrification croissante, ont aussi permis une diminution d’émissions de GES de 33% pour ce secteur. On observe également l'émergence du gaz naturel dans le mix, par exemple via le déploiement du biométhane dans les bus d'Île-de-France Mobilités. 

 Une baisse des émissions qui confirme la transition mais révèle les défis à venir

Une région sur la voie de la décarbonation

En 2022, l'Île-de-France a enregistré une réduction de ses émissions de GES scope 1+2 de 39 % par rapport à 2005, avec une accélération depuis 2010.
Cette réduction d’émissions est portée par la réduction des consommations énergétiques, en particulier celles des énergies fossiles. Si les transports routiers représentent aujourd’hui le premier secteur émetteur régional, il n’en a pas toujours été ainsi : il s’agissait du résidentiel en 2005. Le secteur résidentiel a depuis réduit ses rejets de moitié, à un rythme supérieur à celui des transports routiers, principalement en réduisant les consommations de gaz et de produits pétroliers des systèmes de chauffage des logements.

Le transport routier : principal émetteur régional

Malgré une baisse de 33 % de ses émissions de GES, via la réduction du trafic et l’électrification notamment, le transport routier demeure

le premier secteur émetteur de la région : environ un tiers des émissions régionales en 2022 lui sont dues. En 2026, Airparif avec l’appui des partenaires du ROSE travaille d’ailleurs sur une méthodologie pour isoler les recharges des véhicules électriques des consommations énergétiques sectorielles et ainsi valoriser l’impact sur les consommations du transport routier sans double compte.

Un puit de carbone local qui s'affaiblit

Les inventaires d'Airparif permettent désormais d'estimer le puits de carbone régional, compris dans la catégorie UTCATF (Utilisation des Terres, Changement d'Affectation des Terres et Foresterie). Avec 1 701 kt de CO₂ stockés en 2022, ces puits ne compensent que 6 % des émissions régionales annuelles. Entre 2005 et 2022, le puits de carbone francilien a reculé de 3 %. Ce premier signal d'affaiblissement nécessite une attention particulière : une dégradation plus importante compromettrait l'atteinte des objectifs de neutralité carbone.

 

En croisant productions, consommations et émissions, le ROSE apporte ainsi une lecture systémique indispensable pour comprendre les progrès accomplis, identifier les secteurs où la transition reste insuffisante et éclairer les décisions publiques. L’enjeu des prochaines années sera d’amplifier la dynamique engagée, en particulier dans les secteurs où la transition est moins avancée, afin de consolider la trajectoire francilienne vers un système énergétique plus sobre, résilient et décarboné.
 

Les membres du ROSE

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