Chiffres-clés Énergie et Gaz à effet de serre en Île-de-France 2026 :
la situation énergétique du tertiaire en Île-de-France 

Les données du ROSE

Les Chiffres-clés du ROSE dressent un panorama régional des productions et consommations énergétiques, ainsi que des émissions de gaz à effet de serre (GES) en Île-de-France.
Ces données sont produites par l’AREC Île-de-France, pour les productions énergétiques, et Airparif, pour les consommations énergétiques et les émissions de GES.
Les données du ROSE constituent, pour les champs et les années qu’elles couvrent, les données régionales de référence au service des outils de planification réglementaire à toutes les échelles (SRCAE, PPA, PCAET, PLUi, etc.).
Cette année, le ROSE propose, de plus, un focus sur le secteur tertiaire en Île-de-France, afin de mettre en avant ses spécificités énergétiques et ses émissions de GES à travers les données.


En Île-de-France, le tertiaire consomme toujours autant, mais émet moins.

Bureaux, commerces, hôpitaux, écoles, administrations : le bâti tertiaire occupe une place importante en Île-de-France. À lui seul, il représente 33% de la consommation d'énergie régionale, pour 21 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) du territoire.
Depuis 2010, la consommation d'énergie de ce secteur ne recule que très légèrement. Ses émissions, elles, diminuent grâce à une énergie de moins en moins carbonée.
Comment expliquer cette dynamique ? 

Le tertiaire, premier visage économique de la région

Si le secteur primaire (agriculture, industrie extractive) exploite les ressources naturelles et le secteur secondaire (industrie manufacturière) transforme ces ressources en produits matériels, le secteur tertiaire regroupe, quant à lui, l’ensemble des activités de services. Il correspond donc aux activités des bureaux, des administrations, des commerces et des établissements, d’enseignement, de recherche, de santé, d’accueil, d’hôtellerie-restauration, de justice, de transport-logistique, d’information-communication (y compris data centers), de culture, de loisirs ou de sport. En Île-de-France, ce secteur occupe une place prépondérante.

L'Île-de-France est caractérisée par une économie pleinement tertiarisée. Sièges sociaux, administrations centrales, grands quartiers d'affaires : la densité de bureaux y est sans équivalent en France. Elle accueille aussi d’importantes activités de tourisme, de recherche, d’enseignement de transport.
En Île-de-France, 88 % des emplois relèvent du tertiaire contre 80 % pour l’ensemble de la France hexagonale (Données Insee, Comptes régionaux annuels (base 2020), valeurs ajoutées régionales par branche d'activité, et comparaisons régionales de la valeur ajoutée). 
Ce poids économique se lit directement dans le bilan énergétique du territoire. 

Cette spécificité fait de l’Île-de-France une région dont le parc immobilier est fortement concerné par les obligations du dispositif éco-énergie tertiaire, dit « décret tertiaire ».
Ce dernier impose aux bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m² de réduire leur consommation d'énergie et de les déclarer annuellement sur la plateforme OPERAT.
Les objectifs sont progressifs, exprimés soit en valeurs relatives : –40 % en 2030, –50 % en 2040 et –60 % en 2050 par rapport à une année de référence ultérieure à 2010, soit en valeurs absolues selon des seuils de consommation de référence définis par branche du tertiaire et par zone climatique (ces seuils sont supposés équivalents au niveau de consommation de bâtiments nouveaux de même catégorie).

En Île-de-France, 89 % des surfaces des bâtiments tertiaires doivent se conformer au décret tertiaire. Ainsi, la région francilienne concentre 23 % des surfaces assujetties au décret tertiaire du territoire national. Cette même proportion se retrouve dans le total national des consommations d’énergie du secteur tertiaire avec l’Île-de-France y représentant aussi 23 %.  À lui seul, le périmètre régional constitue donc un levier de décarbonation de premier plan du parc tertiaire français.

Des consommations qui stagnent depuis 2005

Alors que les autres principaux secteurs énergivores en Île-de-France (secteur résidentiel, transport routier, industrie) réduisent leur consommation d'énergie, le tertiaire fait figure d'exception : ses consommations stagnent, voire augmentent légèrement. Entre 2005 et 2022, elles ont progressé de +6 % (à climat normal*). Après un pic en 2010, elles ne sont jamais repassées sous ce niveau. Cette tendance contraste avec celles d’autres secteurs, comme le résidentiel qui, a réduit sa consommation de -28 % sur la même période.

Si les consommations totales du tertiaire stagnent, cela s’explique par la construction de nouvelles surfaces : l’Île-de-France affiche un taux moyen de croissance des surfaces de bureaux de +1 % par an depuis 2006 selon l’ORIE (Observatoire Régional de l’Immobilier d’Entreprise en Île-de-France). Ainsi, en vingt ans, l'économie régionale concentre toujours plus d’emplois tertiaires et les surfaces de bureaux ont augmenté de +18 %. Plus de surfaces et plus d’activités génèrent, en conséquence, une demande énergétique plus grande. À cela s'ajoutent de nouveaux usages, les équipements numériques se multiplient, le recours à la climatisation s'intensifie, les locaux sont occupés plus longtemps et plus intensément. Ces tendances tirent la consommation vers le haut et annulent une partie des gains d'efficacité énergétique réalisés sur les bâtiments. Ces derniers produisent toutefois leurs effets : l’intensité énergétique des activités de bureaux baisse sur la région. Depuis 2005, une même surface de bureaux consomme en moyenne –12 % d’énergie.

*Toutes les évolutions de consommations d’énergie sont ici exprimées à climat normal, c’est-à-dire que les évolutions sont calculées à partir de consommations corrigées des variations climatiques. En revanche, les données de consommation pour une seule année (répartition par source d’énergie, par usage, etc.) sont les données estimées à climat réel. Aussi, il s’agit ici de consommation finale d’énergie, soit l’énergie consommée par les utilisateurs finaux à son point d’utilisation, après extraction, transformation et transport/distribution.

L'électricité : une majorité relative dans un secteur encore accroché aux énergies fossiles

Les bâtiments tertiaires franciliens consomment de l’énergie essentiellement pour deux usages : les usages spécifiques de l’électricité (informatique, éclairage, ventilation etc.) et le chauffage.

Les besoins énergétiques du tertiaire francilien sont ainsi principalement couverts par l’électricité, largement décarbonée et produite en France. Elle représente près de la moitié de ses consommations. Le gaz naturel, représentant environ un tiers de ses consommations, est cependant sa deuxième principale source d’énergie. En effet, le chauffage des bâtiments tertiaires franciliens repose principalement sur le gaz. Le reste du mix énergétique du secteur est partagé entre réseaux de chaleur (~10 %), des produits pétroliers devenus résiduels (~3 %) et un usage marginal de bois-énergie. Aussi, depuis 2005, la consommation de produits pétroliers par le secteur tertiaire a chuté de -70 %, entraînant une baisse des émissions associées. L’important développement des réseaux de chaleur dans la région bénéficie également au secteur tertiaire francilien pour ses consommations et de sa décarbonation.

Les émissions de gaz à effet de serre du secteur tertiaire suivent une tendance plus marquée que ses consommations : elles ont baissé de -24 % entre 2005 et 2022 (émissions scopes 1+2*). Cette baisse est limitée par des consommations pétrolières qui se sont notamment reportées vers une autre énergie fossile : le gaz. Sa consommation a progressé de +27 % entre 2005 et 2022, contre seulement +9 % pour l’électricité. La combustion de gaz est ainsi responsable de la moitié des émissions de GES scopes 1+2 du secteur. Le secteur ne s'électrifie donc pas massivement : il abandonne surtout le fioul. En outre, le mix électrique français et la production de chaleur des réseaux franciliens se sont aussi décarboné(e)s sur cette période, réduisant ainsi les émissions scope 2 du tertiaire. Ce sont donc les économies d’énergie, la décroissance de l’intensité carbone de l’électricité et des réseaux de chaleur ainsi que la baisse de consommation de produits pétroliers qui expliquent la baisse d’émission observée.

*Les émissions de gaz à effet de serre (GES) scope 1+2 comprennent les émissions de GES directes du territoire hors production locale d’énergie, et celles dues à l’électricité et à la chaleur consommées sur le territoire. Ce périmètre permet d’éviter tout double-compte dans le cadre des inventaires d’émissions territoriaux.

Un secteur à plusieurs vitesses

Derrière des consommations qui stagnent, se cachent des réalités infra-sectorielles très contrastées. Selon l'énergie, la branche ou le territoire, le tertiaire avance souvent à des rythmes bien différents.

Trois branches en tête avec des profils très différents 

Trois branches sont à l’origine de la grande majorité des consommations d’énergie tertiaires : les bureaux, les commerces ainsi que les cafés, hôtels et restaurants (CAHORE). Les bureaux et les commerces représentent chacun environ un quart de ces consommations, reflet de leur importance dans l’économie francilienne : leurs consommations ont faiblement augmenté entre 2005 et 2022. La branche CAHORE affiche quant à elle une augmentation de sa consommation d’énergie de +29 % depuis 2005, portée par le tourisme [DP6.1]et des usages énergivores : chauffage, cuisson, réfrigération. D’autres branches moins consommatrices ont progressé encore plus vite, comme les établissements de santé (+49 %) ou l'habitat communautaire – EHPAD, hébergements, organisation religieuses, prisons, etc. (+42 %) tandis que les consommations de l’enseignement ont diminué (-18 %). Les déclarations OPERAT pour l'année 2023 font état d'une baisse de 27 % des consommations énergétiques du parc déclaré. Toutefois, ce résultat doit être relativisé au regard des surfaces concernées, puisque seule un peu plus de la moitié des surfaces assujetties a fait l'objet d'une déclaration.

Chaque branche du tertiaire a aussi son propre profil énergétique. Les commerces concentrent 39 % de la consommation de produits pétroliers du secteur (soit plus que leur part des consommations toutes énergies confondues), et 20 % du gaz. Les bureaux représentent une part légèrement plus importante des consommations de gaz (22 %), que les commerces et 17 % des consommations de produits pétroliers.

La décarbonation du secteur tertiaire requiert donc d’adopter une stratégie différente pour ses différentes branches, chacune d’entre elles ayant son profil de consommation et son mix.

Des pôles à mettre en réseaux

L'activité tertiaire se concentre dans quelques grands pôles franciliens : La Défense, le quartier central des affaires (QCA) parisien, ainsi que d'autres centres d’emploi et d’activités comme Marne-la-Vallée, Saint-Quentin-en-Yvelines, Paris-Saclay…. Certains pôles voient leurs consommations croître entre 2005 et 2022, comme Paris-Saclay ou le sud et le nord-ouest parisien et leurs communes limitrophes, tandis que d’autres connaissent plutôt des décroissances de consommations comme le pôle d’Orly-Rungis, le QCA ou La Défense. Des évolutions contrastées existent aussi au sein même de certains de ces pôles. Les data centers, que l’on retrouve dans les pôles tertiaires, gagnent en puissance. Ils pourraient façonner des trajectoires énergétiques croissantes pour le secteur tertiaire des territoires où les projets, parfois de grande envergure, se multiplient. 

Ces concentrations d’activités tertiaires en pôles constituent une opportunité pour s'appuyer encore davantage sur des réseaux de chaleur et de fraîcheur mutualisés. Les réseaux de chaleur couvrent déjà 10 % des consommations du secteur en Île-de-France. Si les consommations couvertes par les réseaux de chaleur ont augmenté de +14 % depuis 2005, ils pourraient prendre une part encore plus importante dans le mix du tertiaire francilien. Les réseaux de fraîcheur, livrent 0,7 à 0,8 TWh de frigories par an pour rafraîchir en grand majorité des établissements tertiaires : locaux publics (musées, hôpitaux, écoles), bureaux et commerces. Ces réseaux consomment de l’électricité pour produire du froid, quant à la production de chaleur en réseaux, son intensité carbone a diminué d’environ 40 % dans la région entre 2005 et 2022.

Réduire les consommations énergétiques : de multiples bénéfices 

Si les émissions de gaz à effet de serre du secteur tertiaire francilien reculent, ses consommations d'énergie, elles, stagnent depuis 2005. Cela n’est pas paradoxal, mais la conséquence d’un mix énergétique qui se décarbone, même s’il repose encore en grande partie sur le gaz naturel. Le maintien des niveaux de consommations d’énergie, notamment portée par la croissance de l’activité tertiaire et de la surface des bureaux, freine la baisse des émissions de GES et complique l'atteinte des objectifs régionaux et nationaux.

Désormais, le décret tertiaire impose aussi à l’essentiel des surfaces tertiaires franciliennes assujetties une trajectoire de réduction de ses consommations. Avec la crise de l’immobilier de bureau, dont le taux de vacance moyen s’établit à 11 %, le rythme de construction neuve pourrait s’emboliser, infléchissant les besoins énergétiques tertiaires. Un nouvel acteur est toutefois apparu sur la région : les data centers. Ces centres de données, très gourmands en énergies, se concentrent massivement dans la région. Leur essor pèse de plus en plus lourd dans la consommation du tertiaire. Ces tendances sectorielles régionales cachent néanmoins des disparités selon les branches du tertiaire et les territoires, nécessitant d’adapter les stratégies air-climat-énergie. Celles-ci pourraient davantage s’appuyer sur des réseaux mutualisés, notamment là où se concentre l’activité tertiaire. Agir sur le secteur tertiaire demeure un levier important pour réduire les consommations d’énergie et les émissions de GES de l’Île-de-France.

Réduire les consommations n'est d'ailleurs pas seulement un enjeu climatique, de pollution de l’air, de gestion des ressources ou de sécurité d’approvisionnement. C'est également un enjeu financier, en particulier pour le secteur public. Administrations, écoles, hôpitaux et équipements publics occupent une part importante du parc tertiaire francilien, et nombre d'entre eux sont assujettis au décret tertiaire. L'énergie pèse lourdement dans les dépenses de fonctionnement de ces équipements, un poids qui s’est accru lors de la forte hausse des prix de 2022-2023. Pour les collectivités, chaque kilowattheure économisé allège à la fois le bilan carbone et les dépenses publiques.

Agir sur la consommation permet de faire converger l'ambition environnementale, la maîtrise de la dépense publique et la compétitivité du secteur privé, ainsi que sa résilience.

Pour consulter et obtenir ces données sur des territoires infrarégionaux (par commune, intercommunalité ou département), l’outil Energif du ROSE est disponible en ligne.

 Le Réseau d’observation statistique de l’énergie et des gaz à effet de serre (ROSE) a été créé en 2008, autour de 16 partenaires. Il est piloté par la Région Île-de-France, la DRIEAT, l’ADEME Île-de-France et la Métropole du Grand Paris. 
Une charte partenariale commune définit l’implication des membres du réseau. L’objectif de celui-ci est de rassembler, consolider, de traiter et de diffuser les informations et les données relatives à la production et à la consommation d’énergie, ainsi qu’aux émissions de gaz à effet de serre associées. L’animation et le travail de collecte, de consolidation et de mise à jour des données d’inventaires sont assurés par l’AREC et Airparif. La mise à jour des outils, Energif et Tableau de bord, est assurée par l’Institut Paris Region.

Les données du ROSE constituent, pour les champs et les années qu’elles couvrent, les données régionales de référence au service des outils de planification réglementaire à toutes échelles (SRCAE, PPA, PCAET, PLUi etc.).